Mercredi 18 mars 2009

Les dates indiquées correspondent à la date à laquelle l'oeuvre est apparue pour la première fois dans le monde de l'Edition.


SADOUL Jacques

C'est dans la poche (2006) 



SILVERBERG Robert

Le livre des crânes (1972)






VOLTAIRE

Micromégas (1752) 

Par Laurence
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Mercredi 18 mars 2009

Les dates indiquées correspondent à la date à laquelle l'oeuvre est apparue pour la première fois dans le monde de l'Edition.

PORGES Arthur

Le Ruum (1953) 

Par Laurence
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Mercredi 18 mars 2009

Les dates indiquées correspondent à la date à laquelle l'oeuvre est apparue pour la première fois dans le monde de l'Edition.

LAGARDE Pierre

Le solitaire de l'an 5 000 (1937) 

Par Laurence
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Jeudi 12 mars 2009

Publié en France en Avril 1954

 

128 pages

 

Prix éditeur 1954 : 100 Francs (prix d’achat occasion 2008 :  8 €)



Ce numéro est composé des 8 nouvelles que voici :

 

 

Le Ruum, par Arthur Porges:

A l’intérieur du croiseur Ilkor, un officier, plutôt penaud,  annonce à son responsable qu’un Ruum (appareil quasi indestructible fonctionnant à l’énergie solaire) a été oublié sur la troisième planète  à partir du soleil.

2 ème acte : Au Canada, Jim Irwin, sans doute géologue, recherche des gisements d’uranium dans une région montagneuse isolée. Arrivant au terme de sa mission de recherche et n’ayant jusque là rien découvert, il pousse son exploration vers une zone encore inexplorée, et se retrouve nez  à nez avec une curieuse sphère métallique à roulettes…quand un énorme Grizzli fait son apparition. La sphère l’immobilise sans aucune difficulté puis se tourne alors vers notre géologue qui craint de subir le même sort… S’ensuit alors une course poursuite angoissante …

Un très bon récit, ou le suspens est gardé intact jusqu’à la fin, avec de nombreux rebondissements très bien amenés. La mise en situation du début est très efficace et claire. On ne peut ensuite que suivre le personnage dans sa fuite effrénée et se demander comment il va pouvoir s’en sorti. Le secret des histoires qui laissent une impression durable sur le lecteur: Le laisser arriver lui-même à la conclusion, et même au-delà…sans pour autant le fourvoyer vers de fausses pistes.

 

 

In… Terre communications, d’Esther Carlson :

Une nouvelle plutôt terne qui raconte l’histoire de Marion Brithwit, qui soupçonne son mari de la tromper. Elle demande conseil à sa mère, et cette dernière, un peu sorcière, confectionne une chemise un peu spéciale pour le mari volage : En effet, cette chemise le fait paraître rachitique et donc peu attirant. Manque de pot, la maitresse N°1 du mari, pas catcheuse mais presque, aime les hommes frêles. La mère imagine ensuite une seconde astuce pour faire paraitre son mari idiot auprès de sa maitresse N°2 , cela ne marche pas non plus, mais la 3 ème astuce fait se rencontrer les 3 maitresses…

On s’ennuie beaucoup  à lire ces 7 pages, je trouve l’histoire un peu gnangnan – pour rester polie -  et la fin encore plus stupide.

 

 

Le solitaire de l’an 5000, de Pierre Lagarde :

En l’an 3000, sur Terre, une guerre mondiale éclate, laissant la civilisation exsangue et décimée. Depuis cette guerre, les humains n’ont plus qu’une idée en tête : Réduire encore le nombre de survivants pour les rendre encore plus riches et puissants. De plus, Il y a une légende qui laisse penser que le dernier homme de la Terre serait immortel. En l’an 5000, après avoir mis en scène le dernier homme sur Terre face au cadavre de son adversaire, l’auteur décrit la joie de l’homme qui est enfin seul sur Terre et qui du coup, est l’être le plus puissant, mais sa joie est de courte durée …

Un très beau texte sur la vanité des Hommes et leur soif de pouvoir. L’atmosphère est assez sombre au début du récit, mais la fin donne une note d’espoir sur l’Humain, qui apprend de ses échecs.

 

 

La porte de bronze, de Raymond Chandler :

Mr Sutton-Cornish, anglais bon teint comme son nom l’indique,  est l’époux d’une « délicieuse créature », au caractère et au physique plus proches d’ un pitt bull que d’une sirène. Ils sont d’ailleurs sur le point de divorcer et Mme Sutton menace de chasser son époux hors de la maison de ses ancêtres. Pour compléter ce tableau idyllique, Mme Sutton-Cornish a pour allié Teddy, un horrible petit roquet jaloux du mari de sa « maman ». Un jour, en flânant à Soho,  Mr Sutton pousse la porte d’un antiquaire et découvre une curieuse porte en bronze qui a la propriété d’envoyer les personnes qui passent son seuil…hors de ce monde. Mr Sutton s’en aperçoit fortuitement quand l’antiquaire a le malheur de trébucher et d’en passer le seuil… Il lui vient alors une idée diabolique : Se débarrasser de sa chère et tendre et de son horrible roquet grâce à la porte, qu’il ramène chez lui. Il met son plan à exécution et commence  à se comporter de façon inquiétante en ne sortant de chez lui que le soir. Les domestiques sont remerciés, et il se retrouve seul dans la demeure de ses ancêtres. Ce qui devait arriver arriva : Un détective de Scotland Yard ne tarde pas à sonner  à sa porte, mais les choses ne se déroulent pas comme elles devraient…

Une très bonne histoire racontée avec un humour pince sans rire très british, bien écrite, qui évoque en arrière plan les conventions sociales du début de siècle en Angleterre. Raymond Chandler, surtout connu pour ses romans policiers, a utilisé ici la porte comme arme du crime, avec un mobile très classique : L’époux qui veut se débarrasser d’ une épouse devenue trop encombrante.

 

 

Le rat qui parlait, par Charles Dickens :

Il était une fois un charpentier de vaisseaux navals dénommé Chips dont le père, le grand père, et l’arrière grand père avaient vendus leur âme au diable en échange de cuivre et de clous. Un jour, Chips, voit le Diable en personne qui lui propose le même marché qu’ à ses ancêtres : du cuivre, des clous, et un rat qui parle contre son âme. Chips, ayant grand besoin de cuivre et de clous pour réparer la coque du navire sur lequel il travaille faillit accepter mais refuse  à cause du rat dont il ne veut pas. Plusieurs rats se mettent à saboter son travail en rongeant la coque du bateau. Chips répare les dégâts tant bien que mal. Le jour ou le bateau doit prendre l’eau, Chips, également embarqué sur le navire,  a un pressentiment et supplie le capitaine d’évacuer le bateau avant son naufrage, mais celui-ci ne le croit pas. Le bateau coule, et le lendemain, on retrouve le corps de Chips échoué sur une plage, avec un énorme rat campé sur son corps, riant à gorge déployée…

Ce texte très court d’à peine 4 pages, à l’intrigue basique, ne m’a pas passionnée…On aurait aimé que Chips monte un stratagème pour  piéger le Diable (ou le rat). Ici, non, la chute est prévisible …et circulez ma brave dame, y’a plus rien  à voir, comme dirait l’autre…En réalité, ce texte est plus proche de la fable que d’ un récit mettant en scène de l’Etrange.

 

 

Deux billets faux, par Michel Aimé Baudouy :

Bob Liénard tient un stand de voiture électriques dans une foire. Un soir, son assistante lui signale qu’elle a trouvé 2 faux billets dans la caisse de la veille, donnés certainement par une vieille femme qui tient un stand proche du leur, un stand qui vend des rêves et des cauchemars. Bob va donc la trouver pour lui faire part de son mécontentement, elle s’en excuse, et pour se faire pardonner,  elle lui propose de tester son attraction gratuitement. Il rencontre donc en rêve une jeune fille. Ils  font connaissance et évoquent vers la fin leurs souvenirs d’enfance, déplaisants pour Bob. Il finit par ne plus savoir si il rêve ou non. Il finit enfin par se réveiller, et on apprend que les 2 faux billets de la caisse ont disparu. Sachant que les 2 faux billets correspondent à la somme nécessaire pour faire 2 cauchemars dans le stand de la vieille femme…

Le récit est confus, on perd facilement le fil conducteur, et honnêtement, je n’ai pas vu ou l’auteur voulait en venir avec cette histoire, car la rencontre de Bob avec la jeune fille et les discussions relatées n’avaient rien d’ un épouvantable cauchemar…Bref, comme vous l’avez sans doute supposé, je n’ai rien compris.

 

 

Le temps n’arrange pas tout, par Alfred Bester :

Dans une société future, John Strapp est un des rares habitants du système solaire à savoir prendre des décisions. Il vend donc chèrement ses services aux plus grosses entreprises,  soucieuses d’adopter les bonnes stratégies dans un monde de plus en plus complexe. Lors d’ une nouvelle mission, sa première décision est de renvoyer chez eux tous les salariés nommés Krugger. En effet, John Strapp tente d’éviter de croiser des personnes nommées Krugger, et quand  il ne peut pas, il les tue, comme cela vient d’arriver pour la sixième fois. Ses associés, soucieux de savoir ce qui déclenche cette haine,  décident de lui trouver un ami à qui il pourrait se confier. Le stratagème fonctionne …

Ce texte met en scène un homme qui pourrait être le maître du monde, et qui pourtant a connu un drame qui continue  à le hanter et a menacé sa santé mentale. Avec le temps, les êtres changent inévitablement et le souvenir ne suffit pas à les figer. Cette longue nouvelle de 24 pages, avec un suspens très bien entretenu jusqu’ à la fin, est riche en événements. Elle est bien construite et la lecture en est très agréable.

 

 

Attitudes, par Philip José Farmer :

Ce texte m’a agréablement surpris (suite à un mauvais souvenir de lecture du « Monde du Fleuve » lu à 17ans) : Roger Tandem est un joueur de cartes professionnel qui a la faculté psychique de lire dans les pensées, talent qu’il doit manipuler avec délicatesse pour ne pas être accusé de tricherie. L’action se situe à bord d’un vaisseau spatial, ou il participe  à une partie de cartes avec le père John, un catholique qui ne rate pas  une occasion pour tenter de convertir ses voisins de table : La Foi est bien sur nécessaire au joueurs. Le vaisseau fait escale  à Kubei, une planète sur laquelle, selon le capitaine, il vaut mieux ne pas entrer en contact avec les autochtones qui ont des mœurs … particulières. Contre l’avis de tous, Roger Tandem part en exploration et aperçoit une foule qui visiblement fait une partie de roulette, avec comme centre de table à faire tourner une statue d’ un Kubeien de 2 mètres. Notre RoRo, ravi, troque sa montre contre des jetons et se mêle à la partie. Il remarque que le croupier a d’étranges réactions concernant  son arrivée dans le jeu. Roger commence  à gagner et enchaine partie sur partie, quand le père John arrive et le supplie d’arrêter tout en se mettant à communiquer avec le croupier par d’étranges gestes. Tandem, sur le point de rafler la mise la plus grosse, perds tout et réalise qu’ il n’est pas le seul a avoir un don psychique. Une fois  à l’écart de la foule,  le Père lui explique que l’attitude des Kubeiens autour de la table de jeu est trompeuse…

Un texte très agréable  à lire dans lequel on peut voir bien sûr une dénonciation de l’addiction au jeu, qui, agissant comme une drogue, place le joueur en grand danger et peut le mener jusqu’ à la mort. Un thème classique de la SF utilisée dans un contexte original, avec un dénouement très intéressant.

 

Cet exemplaire contient également des rubriques telles que « Glanes Interstellaires », ou la rédaction relate des allusions à tout ce qui peut faire penser  à la SF dans la presse généraliste. « Ici, on désintègre » : Une revue des livres parus par J. Bergier et I. Maslowski et « L’écran à quatre dimension », dans laquelle on trouve des critiques de films. Comme je ne vais pas faire de critiques de critiques de bouquins que je n’ai pas lu, je m’arrête ici concernant ce compte rendu…Tout de même, en guise de conclusion, ce qui est très agréable à la lecture de ce numéro, c’est qu’ il n’ y  a aucune étiquettes de genres collées sur les nouvelles, pas de sectarisme pro ou anti hard/medium/soft SF, la seule chose qui compte, c’est l’histoire…                 J’ai beaucoup aimé les petits textes de la Rédaction présentant les nouvelles, ou donnant des informations sur l’auteur, un peu  à la façon de Rod Serling qui fait un petit laius d’introduction avant chaque épisode de la « 4ème dimension »…

Par Laurence
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Mardi 24 février 2009

Auteur : Bret Easton Ellis

Publié pour la première fois en 1994 aux USA

Titre original : The informers

 

Publié pour la première fois en France en 1996 chez Robert Laffont

 

Présente édition parue en France en mai 1998 chez 10/18

288 pages

Traduction de l’Américain par Bernard Willerval

Couverture : Photo de Ben Simmons (détail)

ISBN : 9 782264 026545

Prix éditeur 2008 : 6€65 TTC



Ce livre est un recueil de nouvelles, les premiers textes écrits par Bret Easton Ellis alors qu’il avait à peine 20 ans. Ces textes sont donc antérieurs à « Moins que zéro », son premier roman.

 

Ici et dans ses 2 romans suivants, « moins que zéro » et « Les lois de l’attraction », Bret Easton Ellis nous dévoile la vie quotidienne de la jeunesse dorée de Los Angeles au début des années 80, qui noie son ennui dans l’alcool, la coke , les médicaments et le sexe. Nous découvrons leur vie au travers d’un kaléidoscope à 13 faces, 13 nouvelles qui nous présentent chacune un personnage. Les textes se répondent entre eux par les liens qui unissent les personnages, et on finit par obtenir une vue d’ensemble de ce microcosme :

 

 

1.    Bruce appelle de Mulholland

 

Bruce appelle le narrateur, un copain de fac, pour lui décrire ses relations avec ses colocataires, notamment la liaison qu’il a eu avec la copine de son colocataire, Robert, qui l’a laissé tombé pour un étudiant issue d’une famille encore plus riche que la sienne, donc logiquement plus intéressant.Bruce espère toujours renouer avec le narrateur, qui couche avec Reynolds, qui     lui-même a déjà une relation avec Brandy…

 

l’ambiance est très légère et insouciante, mais pas joyeuse non plus. Toutes ces liaisons sont nouées et dénouées sans grande émotion.

 

 

2.    Au point mort

 

Avant la rentrée universitaire, 4 amis dinent ensemble. L’un d’entre eux, Raymond, annonce que Jamie, un « ami » commun à tous, est mort depuis 1 an. Cet accès de sentimentalisme n’est pas du goût de ses camarades, qui savent fort bien qu’à l’époque, les relations nouées avec Jamie n’étaient que superficielles. Seul Raymond semble éprouver une peine sincère…

 

On réalise que ces relations se sont nouées dans un but précis : Etre avec les gens qu’il faut pour paraître « dans le coup ». On note l’incapacité de Raymond  à identifier une relation comme superficielle.

 

 

3.    L’escalator qui monte

 

La narratrice fait un cauchemar dans lequel son ami la défenestre. Elle se réveille et avale des médicaments sans compter, non pour soigner une maladie, mais seulement pour ne pas avoir  à affronter les soucis de sa vie quotidienne. Nous la retrouvons au restaurant avec ses 2 enfants, Graham, son fils, complètement défoncé (il a un ami qui se nome Julian, que l’on retrouvera dans « Moins que zéro »), et sa fille, Susan, qui ne daigne pas quitter ses lunettes de soleil.

 

Elle ne sait pas se faire respecter par ses enfants, et au fond, les laisse vivre leur vie car cela n’a pas beaucoup d’intérêt pour elle. En ce moment, elle sort avec un garçon plus jeune que son fils, et ne reste avec son mari que pour sauver les apparences.Ce récit, censé être celui d’une femme, sonne faux : Le récit est très méthodique, rationnel, bref, il manque de rondeurs et de sentiments : On sent bien que c’est un homme qui l’a écrit..

 

 

4.    Dans les îles

 

Un père veut se rapprocher de son fils en l’emmenant en vacances à Hawai. Tim, le fils de Les,  y va malgré lui et le malaise est palpable entre les 2 personnages. Sur place, le père se met à draguer 2 femmes au bar, sous les yeux horrifiés de son fils. Quelques jours plus tard, le séjour de Tim est ensoleillé par Rachel, une jeune fille de son âge bien dans sa peau qu’il a connu sur la plage. Mais l’embellie est de courte durée…

 

Bret Easton Ellis évoque ici l’incapacité à communiquer entre un père et son fils, thème sans doute autobiographique, d’après les révélations faites par l’auteur lors de la sortie de « Lunar Park », son dernier roman.

 

 

5.    Immobile

 

La narratrice, Susan, se rends à Los Angeles pour rendre visite à son père qui va épouser Cheryl. Susan ne comprends pas ce que son père lui trouve car Cheryl est très superficielle, ne s’intéresse qu’à l’apparence des choses…

 

Encore un exemple qui décrit les non-liens qui unissent les membres d’une même famille.

 

 

6.    Le soleil ne donne pas d’eau

 

La narratrice, Cheryl, est présentatrice d’un journal télévisé. Elle couche avec Danny, très immature, qu’elle héberge chez elle depuis qu’il s’est fait mettre dehors de chez lui. Nous apprenons qu’il souhaitait nouer une liaison avec un certain Ricky, qui malheureusement… s’est fait tuer et a été retrouvé vidé de son sang. Cherryl est en train de divorcer avec William.Un soir, en rentrant chez elle, elle trouve un mot de Danny qui la quitte, mais qui lui laisse le téléphone d’un copain qui cherche une copine…

 

Un texte d’une portée un peu faible, qui ne fait que prouver que ces personnages vivent de façon complètement décalée.

 

 

7.    A la découverte du Japon

 

Bryan Metro, le narrateur, est une rock star en tournée au Japon. Il a le cerveau complètement grillé par les drogues et nous suivons sa vie quotidienne, complètement déjantée. Son manager limite la casse et sauve les apparences. La star n’a aucun respect pour le public japonais, qui pourtant l’adore : Il bat ses groupies, détruit des chambres d’hôtel et oublie les paroles de ses chansons en plein concert. Toutefois, dans une vie antérieure, il a eu un fils, Kenny, avec Nina, qu’il appelle de temps en temps. Dans un accès de lucidité, Bryan avoue se sentir épuisé par des tournées  à rallonge…mais son manager le pousse  à continuer.

 

Cette nouvelle pourrait à mon avis être très proche de la réalité concernant la vie de certaines rock stars prises dans l’engrenage infernal des drogues et qui ont vécu pendant un moment à Los Angeles, comme Billy Idol, icone du rock des années 80 (B. Easton Ellis évoque d’ailleurs dans ces nouvelles un personnage portant un badge à l’image de la star). Je pense également à Dave Gahan, chanteur (et maintenant compositeur) de Dépêche Mode, qui a connu aussi une descente aux enfers liée à la drogue. Dieu merci, il s’en est sorti.

 

 

8.    Lettres de L.A.

 

C’est  à mon avis la nouvelle la plus intéressante car elle décrit comment un environnement malsain est capable de pervertir une personne apparemment saine d’esprit.

Bret Easton Ellis nous lit ici les 16 lettres envoyées par Anne, 20 ans, étudiante à Camden, à Sean : Elle vient d’arriver à LA chez ses grands parents et compte y rester 6 mois. Elle est éblouie par la ville et ses stars. Elle finit par s’adapter à la vie de LA : Sortir, boire et ne rien attendre des gens (« sinon on est déçu ») car personne ne s’investit dans les relations. Elle lui raconte sa découverte de la cocaïne (« comme tout le monde  à LA ») et le déroulement de ses soirées : Drogue, alcool, et sexe (« très courant à LA »)

Elle travaille dans un studio de cinéma, on ne sait pas exactement ce qu’elle fait.Elle lui parle de Randy, son meilleur ami, qui travaille dans un studio de cinéma et connait 3 vampires.

Elle s’amuse et avoue ne plus vouloir rentrer à Camden. Elle apprend que Randy serait soit disant mort d’overdose, mais dans la pièce ou on l’a retrouvé, il y avait des projections de sans jusqu’au plafond…Elle finit par quitter ses grands parents et va habiter chez Carlos, le colocataire de Randy…

 

Dans sa dernière lettre, on réalise que Anne a complètement perdu le sens du temps : elle croit être  à LA depuis 5 mois alors qu’elle y est depuis 1 an et demi. Comme son entourage, elle commence à prendre des médicaments pour un rien (sans parler de la drogue), et, bouquet final, elle devient aussi cynique que les gens qu’elle côtoie (voir le passage ou elle se croit intelligente en ayant eu la présence d’esprit de récupérer la voiture de Randy…au moins, elle « n’a pas tout perdu »). Malgré sa vie trépidante, elle avoue à Sean qu’elle aimerait nouer une relation plus profonde avec lui,  mais il ne répond jamais à ses lettres.

 

 

9.    Une autre zone d’ombre

 

Le narrateur, Graham, est en train de tourner un vidéoclip idiot pour Bryan Metro. Ils évoquent le départ de Lance, un dealer, et parlent de la mauvaise coke qui traine dans le quartier. Tout le monde a peur, Mais « il faut bien en prendre ». Graham apprends que Christie couche avec quelqu’un d’autre. Cela ne lui fait rien, elle non plus. Deuxième scène : Graham apprends la mort de son père dans un accident d’avion, cela ne lui cause presque aucune émotion, sa seule préoccupation est de savoir si le corps de son père n’a pas été trop abîmé à l’arrivée. La fin est absurde : il va au restaurant, commande un gâteau, ne le mange pas, se demande pourquoi il l’a commandé. Va voir un film, ne se concentre pas, rate la moitié, et du coup retourne le voir tout de suite après…

 

BEE pousse ici l’horreur encore un cran au dessus : Même la mort d’un parent laisse insensible le personnage principal.


10.  Les secrets de l’été

 

Le narrateur est un vampire sadique qui tue les filles qu’il drague. Il dort dans un cercueil avec radio FM, réveil digital et téléphone. Il va voir un psy, le docteur Nova, pour renouveler son ordonnance de Darvocet, un anti douleurs…certainement pas prescrit pour un mal de dents, vu le contexte…

 

 

11.  La 5 ème roue

 

Peter est un tueur d’enfant psychopathe, et mary, sa copine. Un gamin est séquestré chez Tommy, qui héberge Peter. Ce dernier pense vendre le gamin à un vampire, mais le mieux est de le revendre à ses parents pour pouvoir rembourser Spin, un dealer, sans doute. Il finit par tuer le gamin et cache le corps dans le désert.

 

 

12.  A la plage

 

Mona et Griffin, le narrateur, vont à la plage tous les jours depuis 3 semaines. Mona est camée et en stade terminal, très maigre. Griffin et ses amis savent comment cela va se finir pour Mona, mais ne font rien pour la soigner, la regardent seulement mourir à petit feu.

 

Sans commentaires…

 

 

13.  Au Zoo avec Bruce

 

Une étudiante de la fac, la narratrice, se promène au zoo avec Bruce, son copain, qui écrit des scénarios. Grâce est sa femme. Il devrait rompre avec elle, mais n’a pas le courage de le faire. La narratrice espère que Bruce va lui dire qu’il va rompre, mais il ne le fait pas. Bruce évite le sujet, mais « elle croit en cet homme »…

 

Encore une fois ici, on retrouve un personnage confronté à un problème et incapable de l’affronter ou de prendre une décision, il préfère ne pas agir et se persuader que les choses vont changer d’elles mêmes.

Ce qui frappe tout d’abord avec BEE, c’est son écriture : Démonstration extraite de « L’escalator qui monte » : L’action est décrite en temps réel dans les moindres détails : « J’ouvre une armoire  à glace et en extrais un flacon. J’ouvre son bouchon et compte les Librax qui restent : quatre seulement. Je prends une capsule noir et vert dans la main, la contemple, la place délicatement près du lavabo, referme la bouteille, j’ouvre un autre flacon, et je place 2 valiums près des Librax. Je range le flacon et en attrape un autre encore que j’ouvre avec précaution. Je remarque qu’il ne reste presque pas de Thorazine, et je me dis qu’il va me falloir une nouvelle ordonnance de Librax et de Valium ; j’avale un Librax et l’un des deux valium, et j’ouvre les robinets de la douche. » Etonnant, non ?? Avec Bret Easton Ellis, on ne se contente pas de lire une histoire, on vit directement l’action au travers des yeux des personnages, comme en caméra subjective. Tout en lisant ce type de description, je ne peux m’empêcher de sourire intérieurement, car elles symbolisent l’importance que ces personnages accordent à leurs actions, pourtant complètement insignifiantes et ridicules.

 

 

Si vous ne connaissez pas encore l’univers de BEE, il me paraît important de commencer par lire ce recueil, pour 2 raisons :

-       Les personnages principaux découverts ici poursuivent leur vie dans les romans suivants. Exemple : Sean, qu’on retrouvera  à l’université quelques années plus tard dans « moins que zéro », second roman de BEE. On le retrouve ensuite dans le fameux « American psycho » comme frère de Patrick Bateman.

-       La prose de BEE et l’atmosphère dans laquelle baignent ses personnages peuvent être testés à petite dose dans ces nouvelles. Alors que dans un roman, on en prends pour plus longtemps. Par conséquent, si « Zombies » ne vous plaît pas, n’ouvrez pas « Moins que zéro » et « Les lois de l’attraction », les 2 romans suivants, qui dépeignent également l’univers étudiant de Los Angeles.

 

 

Ce qui agace un peu à la première lecture de « Zombies », c’est de devoir jouer aux devinettes pour savoir qui est le narrateur en début de chaque nouvelle.

 

Même jeu de devinettes également concernant les personnages secondaires de ce recueil : Les médicaments. A quoi servent-ils ? Un lexique en fin de volume pour expliquer leur utilité n’aurait pas été inutile (je n’y connais rien aux médicaments)…Allez, je m’y colle (tous ces noms existent dans la « vraie » vie) :

Advil : Antidouleurs et anti fièvre

Dalmane : Traitement des troubles du sommeil

Darvocet : Soulage les douleurs moyennes ou modérées, avec ou sans fièvre

Librax : Traite les ulcères de l’estomac et inflammations intestinales

Nembutal : Somnifère

Thorazine : Traitement des désordres mentaux (schizophrénie, désordres maniaco-dépressifs)

Valium : Anti dépresseur

 

 

 

Bret Easton Ellis nous livre ici une étude sociale très détaillée, un peu à la Zola. Il nous présente le mode de fonctionnement de ses personnages en les confrontant à des situations difficiles (incapacité à élever ses enfants de façon convenable, un père qui décède, une amie en train de mourir,…) ou en les immergeant dans un univers particulier (ici, Los Angeles, personnage à part entière dans ces nouvelles, capable de pervertir et de rendre fou ses habitants).C’est une étude clinique, très froide, d’un monde ou tout est superficiel.

 

Toutefois, par moment, un sentiment sincère fait timidement son apparition dans ce monde glacé, comme par exemple dans « Au point mort », ou Raymond est ému jusqu’aux larmes en évoquant la mort de son ami, ou alors dans les « Lettres de L.A. », ou Anne avoue à Sean qu’elle aimerait mieux le connaitre. Mais ces étincelles de vie sont toujours très brèves. J’en arrive au titre du recueil en version française : Ces personnages sont de véritables morts vivants, sans aucune émotion envers leurs proches. Ils vivent simplement dans le présent, sans se poser de questions sur leur passé ou leur avenir…Pour information, le titre anglais, the informers, signifie les délateurs, ou les indics (Que dénoncent ils ? Je ne comprends pas vraiment).

 

Finalement, malgré la laideur morale de ces personnages, on finit par sourire intérieurement au fil de la lecture en constatant à quel point ils sont déconnectés de la réalité. Ils vivent dans leur petit monde doré et sont, en grande majorité, il faut bien le dire, un peu cons et moutonniers sur les bords. Ils agissent de façon tellement risible qu’on se demande jusqu’ou ils sont prêts  à aller…et ils vont très loin, le plus sérieusement du monde. Je pense que la force de BEE, c’est de savoir faire vivre des personnages affreux tout en les ridiculisant copieusement.

 

Par Laurence
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  • : 01/02/2009
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              Réedition parue le 5 février 2009

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