Auteur : Brian W. Aldiss
Publié pour la première fois en 1961 aux USA dans « The Magazine of Fantasy and Science Fiction »
Titre original : Hothouse
Publié pour la première fois en France en 1962 dans Fiction n°100 (éditions OPTA)
Présente édition parue en France en 1974 chez J’ai lu
304 pages
Traduction de l’Anglais par Michel Deutsch
Couverture : Tibor Csernus
ISBN : Néant (codes ISBN crées à partir de 1971)
Exemplaire acheté d’occasion
Nous sommes sur Terre, 2 milliards d’années dans le futur. Le réchauffement climatique a fait son œuvre : Le jour est perpétuel sur 50 % de la surface du globe, et la nuit omniprésente sur l’autre moitié. La civilisation s’est effondrée, le paysage n’est plus qu’une jungle touffue (« Il n’ y a plus de place pour un seul brin d’herbe ») ou chaque végétal lutte âprement pour conserver sa parcelle de terre. L’espèce humaine a du muter pour survivre dans un monde désormais dominé par des végétaux devenus agressifs par nécessité : Les humains vivent désormais dans des coquilles de noix et ont la peau verte (mimétisme salvateur !). Il reste également quelques espèces d’insectes qui ont su s’adapter grâce à une organisation sans faille : les termites, fourmis, guêpes et abeilles, sans oublier les travertoises, araignées végétales qui vivent dans les zones les plus hautes des arbres et qui tissent leur toile entre la Terre et la Lune.
Nous observons la vie quotidienne de 18 humains, menés par Lily-Yo femme chef. Les jeunes enfants, nombreux dans ce groupe, sont des proies faciles pour les terribles tigres volants et autres carnassiers végétaux. Ce jour là, c’est le petit Clat qui meurt, et le Groupe se doit d’emmener son âme vers les Hautes Cimes pour l’honorer. Nous apprenons ensuite que Lily-Yo devient trop âgée pour diriger le groupe, c’est l’heure pour elle d’effectuer la Grande Montée vers les cimes avec quelques compagnons. Le groupe se sépare.
Le clan des jeunes, mal organisé et secoué par des luttes de pouvoir, finit par bannir Gren. C’est également le plus intelligent d’entre eux. Poyly, une jeune femme, quitte le groupe pour le rejoindre. Alors qu’ils cherchent un abri, ils rencontrent Yattmur qui les conduit jusqu’ à sa tribu, installée sur la mystérieuse « Bouche noire ». Gren, épuisé, se repose dans une caverne et sent soudain une chose s’agripper à son crâne et lui murmurer d’étranges paroles…Nous suivons ensuite l’incroyable périple du groupe qui traverse la Mer et la zone de nuit, étranges territoires qu’ils n’ont jamais vu, en croisant des créatures toutes plus étranges les unes que les autres.
L’idée principale développée ici par Aldiss est liée à la toute puissance de la Vie sous toutes ses formes : Même si la civilisation a disparue et que ce monde vert semble cruel, il reste une porte de sortie pour les espèces qui veulent tenter le voyage : la Lune. Dans le même ordre d’idée, l’auteur nous explique que lorsqu’un être meurt ses chairs se transforment en humus, qui contribue à nourrir la jungle. Comme le dit le chimiste Lavoisier, « Rien ne se perd, rien ne se détruit, tout se transforme ». Enfin, le roman s’achève sur un dilemme pour Gren : Soit poursuivre son exploration de nouvelles Terres ou pourraient s’installer les générations futures, ou alors rester sur Terre, univers connu, et jouir de la vie avec sa compagne et son enfant. Gren choisit la seconde option : Jouir de la vie maintenant, sans se soucier de l’avenir.
Ce qui frappe tout d’abord, c’est l’imagination débordante de l’auteur, entomologiste à ses heures, tant pour décrire un écosystème de façon très détaillée que pour mettre en scène des êtres vivants dotées de curieuses propriétés telles que la fameuse morille, ou encore les femmes esclaves du Sodal, prophète fort âgé et très sage qui va croiser la route de Gren et lui enlever une belle épine du pied, comme on dit… Oups, pardon…je voulais dire lui enlever une belle morille de la tête.
L’écriture est très poétique et humaniste, au sens ou il n’y a aucun élément technologique dans ce roman, sauf Beauté, un oiseau mécanique, crée par les hommes il y a bien longtemps. Certaines descriptions évoquent des paysages magnifiques, telles que les travertoises se déplaçant sur des fils argentés entre la Terre et la Lune…
Le premier tiers du livre est à mon goût un peu trop fourni en descriptions de plantes toutes plus incroyables les unes que les autres, ponctuées par les (trop) fréquentes morts de jeunes humains pris aux piège de certaines plantes. Conséquence : Le rythme de l’intrigue considérablement ralenti et étouffé, au point qu’on se demande si les 300 pages suivantes seront du même cru. Heureusement, l’action reprends le dessus à partir du moment ou Gren est bani, et le rythme de l’intrigue ne connaît ensuite plus de temps morts.
Faut-il voir dans ce roman un parallèle entre le cerveau de Gren dominé par la morille et la consommation de champignons hallucinogènes modifiant les perceptions sensorielles consommés dans les années 60 ? Je ne sais pas, mais la question me semble légitime.
Pour les non-anglophones, « Hothouse », le titre original, signifie « Serre chaude », et le nom du personnage principal, Gren, est très proche du mot green, qui, en anglais signifie « vert »…
« Le monde vert » a été récompensé par le Prix Hugo en 1962.
Au final, « Le monde vert » est une œuvre qui, à l’image d’une jungle étouffante dans laquelle on pénètre pour la première fois, demande au lecteur un effort et de la patience pour y pénétrer. Dès que cette étape est franchie, on se laisse happer avec bonheur par ce pays des merveilles. Paru 4 ans avant le Seigneur des Anneaux, on retrouve dans ce texte l’aspect «quête initiatique» et maturité du héros acquise grâce aux rencontres faites.
PS :
Quelle est le « plus » apporté par la réédition récente de ce texte chez Folio SF par rapport à mon exemplaire d’occasion ? La traduction, apparemment : Folio SF a reprise
celle refaite en 2007 par les éditions Terre de Brume, traduction signée Michel Deutsch. Pour information, c’est le même Michel Deutsch qui a fait la traduction de 1962, dans mon édition
d’occase…Je n’ai malheureusement pas trouvé d’exemplaire de l’édition Terre de Brume pour pouvoir dire si le texte été remanié de façon significative
ou non.
Auteur : Robert Silverberg